Fixed Gear, Portrait Fixie

BIGE

13 décembre 2010


« Hey Clément, tu vois le mec là-bas avec sa casquette et ses tatouages ? Je le piste depuis plus de deux mois pour le blog. Faut que je trouve un moyen de l’aborder ». Après vingt minutes, je m’aperçois que je connais vite fait un de ses potes. Le monde est tout petit et ça me va bien de temps en temps.
J’échange quelques mots avec Vincent. Bruno s’approche enfin. Du regard, il me demande qui je suis. Impressionnée par sa stature et par son charisme, je ne me démonte pas et j’attaque direct « Bonsoir M.Fixie ». Réponse « pouhahahahaha, moi m’ssieur fixie héhé, comment ça ? ». Je le veux tellement pour le blog que je lui fais mon plus beau discours pour lui expliquer le principe de Paulette à roulettes. Je sors ma carte et je lui dis tout sur ma chasse au fixie boy. Il éclate de rire à la lecture de mon nom, « hahaha, héhé Paulette à roulettes, haha c’est drôle mais ça me plait ». L’atmosphère est détendue, rapidement le courant passe. De là, il me présente d’autres amis qui sont aussi des fous à lier de fixie et de skate. Ravie de ces rencontres et en confiance je repars avec trois contacts pour des futurs articles. Et surtout avec l’accord de Bige pour mon prochain post.

Quelques jours après l’avoir rencontré, je passe donc le voir à son atelier. Et bizarrement cet atelier est juste à côté de Cyclope (shop de vélo dont je vous parlais dans l’article prédédent). Il a monté cet atelier de mécanique pour deux roues avec Mike. Mike c’est le Monsieur Cyclope et Star Cow. Chacun sa tribu, mais celle-ci croyez moi, regorge de sacrés oiseaux ! Entre autres, Charles, que vous aurez la chance de rencontrer si vous avez besoin de monter votre fixie ou de n’importe quelle pièce. Malgré l’insolence de sa jeunesse et son cheveux hirsute aplatit par un bonnet (il se cache dans une des photos ci-dessous), il vous renseignera et vous accueillera avec un grand sourire !

Revenons à Bruno ou plutôt Bige. Oui Bige, c’est son surnom. Surnom qui avec le temps est devenu son prénom. Tout le monde l’appelle comme ça, depuis l’époque ou il faisait du BMX à Epinay-sur-Seine, sa ville natale.
Je lui fais donc part de mes intentions, je lui explique plus en détails le propos du blog et comment ça va se passer. RDV est pris. RDV qui n’aboutira pas ! Il m’a posé un lapin… ou plutôt il a disparu. Il est impensable que je laisse tomber. Je rappelle ! Tout va bien, nous reprenons RDV.
Le jour-J arrive. Comme pour Houssine j’ai eu la chance d’avoir entre les mains ce magnifique appareil photo qui fait rêver pas mal de personnes : un Canon 5D Mark II. Trop contente de shooter Bige avec cet appareil, je pars à la hâte le retrouver dans son atelier La Petite Mécanique dans le 11e, Rue de la Folie-Méricourt.

A peine arrivée, commence un défilé de bonhommes qui viennent demander conseil à Bige, soit pour leurs vélos, soit pour leurs deux roues. Je m’imprègne du lieu et je commence à faire quelques photos pour faire mes réglages. L’atelier est une mine d’or. L’exterieur comme l’intérieur m’entrainent à chercher les petits détails qui traduiront le mieux possible l’ambiance et l’humeur de ces lieux. Bige en a terminé avec ses conseils, nous pouvons commencer. 


Dès les premières photos je capte le potentiel de ce grand gaillard à poser devant un objectif. Je ne suis pourtant pas une pro mais là, immédiatement j’ai senti que c’était un sujet très très intéressant. C’est ce genre de mec dont on peut dire qu’il a une gueule, une vraie gueule. Qu’on le trouve beau ou pas, à son goût ou pas, on ne peut pas passer devant lui sans le remarquer. Il est tatoué sur les mains, les bras, le visage. Son regard vous en dit long et captive un objectif en deux secondes. Alors qu’il rigole beaucoup et que sa bonhommie  est évidente quand vous le connaissez, dès que son regard se fige sur l’objectif, il se transforme en clown triste. Je vous avoue que parfois je n’appuyais pas sur le déclencheur faisant semblant de faire des réglages pour essayer de comprendre dans mon objectif ce regard et ce visage si particuliers. Il fixait tellement l’objectif que parfois je me demandais même s’il clignait des yeux !

Et là vous êtes en train de vous dire, « euh Paulette, tu ne serais pas un peu hors sujet là… Quand est-ce que tu nous parles de fixie ? ». Réponse: Euuhhh, oui c’est vrai mais comment faire un article sur Bige sans parler du personnage. » Donc si vous voulez on va parler de fixie. 

Pendant ces quelques heures passées avec lui nous échangeons sur le pourquoi du comment du pignon fixe. Comment il y est venu. Au départ, il fait du BMX, c’est un jusque boutiste et quand il fait un sport, il le fait à fond. Mais voilà ses genoux en ont fait les frais et il ne peut plus poser un pied sur une pédale de BMX sans que celui-ci ne le menace de lâcher. Les sauts, les chutes et les compets l’ont épuisé.
Ce qu’il aimait dans ce sport c’était l’adrénaline, repousser les limites du physique. L’adrénaline est un aspect majeur dans ce genre de pratique. Mais une fois les genoux ruinés comment retrouver ces sensations. Son « truc » c’est le vélo, le fixie devient alors une évidence. Certes, il ne retrouve pas les sauts et les tricks mais il y trouve une sensation physique très forte. « Ta bécane, c’est toi qui la contrôle en permanence, tu sais que tu te mets en danger très souvent et que tu es le seul responsable de ce que tu fais. C’est un vélo nerveux, il faut être réactif. Il y a aussi le plaisir d’entendre le bruit de la chaîne qui force, des pneus sur l’asphalte. Zéro entretien en plus d’être un vélo à la carte. » C’est du mental et du physique. Son fixie est breakless (traduction : sans frein). C’est un pur et dur. Sans frein les sensations sont différentes, pas de place pour le confort et la sécurité, on affronte la réalité brute, pas de seconde vie comme dans Mario Bros. Ca te pousse à avoir l’esprit alerte, la conscience de ce que tu es, de ce que tu vis
Nous parlons ensuite plus en détail de son fixie. Je ne vous étonnerais pas si je vous dis que sont vélo est assez simple et qu’il n’est pas du genre à le customiser toutes les semaines. Son vélo n’est absolument pas un objet de mode. Pour les plus initiés, exit les cadres Gorllia ou Cinelli, exit les selles Brooks et on est très loin d’une roue à bâton Aerospoke !


Mais ça n’empêche que Bige a la dégaine du parfait rider. Pas une tenue sans une paire de Vans ou sans son bermuda beige avec ses chaussettes jusqu’aux genoux pendant l’été façon BMX style. Son vélo, oui revenons au vélo… Il a récupéré un cadre qu’il a modifié au niveau de la selle. Il a fixé la barre de réglage pour qu’elle ne bouge plus. Son vélo est à sa taille et ce n’est pas autrement. Sous la potence, il a percé le cadre en faisant des trous pour y glisser un tube rouge. Ce tube rouge fait écho à un petit dessin sous la selle. Sur le cadre on s’aperçoit que la peinture n’est pas parfaite. Je pensais que c’était un cadre qui avait rouillé sur lequel il avait passé une coup de vernis pour conserver ces aspérités. Erreur, c’est l’inverse. La peinture s’est écaillée à certains endroits, l’eau s’est infiltrée et a créé toutes ces petites tâches et cloques. Son pédalier a une forme assez amusante. Il y a toujours un peu de rébellion dans l’air avec Bige.








J’aurais tellement de chose à vous dire encore au sujet de Bige. Mais je vous laisse le découvrir par vous même, si vous avez besoin d’une pièce de vélo, si vous voulez  monter votre fixie ou si vous voulez faire réparer votre vieux Dax qui traine au fond du garage de vos parents, allez donc le voir.
Contrairement à Popeye dans « Les Bronzés font du ski », Bige gagne vraiment à être connu. Ne soyez pas impressionnés par ses muscles et ses tatouages. Les a priori ne sont pas les bienvenues. D’ailleurs il déteste ça. D’où sont tatouage « banlieusard » sur le torse ou sa date de naissance sur la main. Le premier pour revendiquer qu’il est de la banlieue et que ce n’est pas un handicap pour vivre et travailler à Paris, « Fait chier de croire que les parisiens sont superieurs aux mecs de la banlieue ». Et le second, « j’en avais marre qu’on me demande mon âge ou qu’on me juge par rapport à mon âge alors je l’ai tatoué. Ce n’est pas l’âge qui fait la personne mais son vécu et son histoire personnelle. » Et son histoire, vous pouvez la décrypter petit à petit en découvrant ses tatouages. Chacun d’entre eux représentent une période de sa vie ou un évènement important. Celui qui me marque le plus c’est le Picon Bière. C’est d’ailleurs par ce tatouage que je l’ai remarqué pour la première fois dans un des numéros de Fixé (magazine sur le pignon fixe qui désormais s’appelle Steel). Je voulais absolument savoir pourquoi il s’était fait ce tatouage. Même si je sais que le Picon Bière est le petit lait de nos amis Fixés, il fallait que je sache. Désormais je le sais ! Mais je ne sais pas si je vais vous le dire… Allez, mais sans rentrer dans les détails, sinon ça serait trop long. Ce « fuck, Picon bière » marque la fin de son amitié avec ce brevage qui l’a rendu fou, malade et l’a fait halluciner plus d’une fois. Les trois états représentés par les trois personnages qui entourent le Picon bière.
Ooops, une fois de plus je me suis emportée, j’ai fait semblant de terminer et hop je m’emballe. Cette fois-ci est la bonne. Place aux images.

PS : n’oublions pas le son de Bige. Bon, là c’est pareil je pourrais vous donner beaucoup de références mais on va se contenter de trois. Le premier ce sera Madball avec Pride (times are changing) et le second avec le frère du précédent Agnostic Front avec Addiction. Et pour terminer Social Distortion avec Untitled.







  

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18 Comments

  • Reply LIZA 13 décembre 2010 at 21 h 09 min

    Je m’y reprends à 2 fois pour t’écrire ce commentaire car le premier vient d’être effacé après avoir cliqué sur publier… c’est pour te dire à quel point j’aime. Je dis même bravo pour ce portrait tout à fait surprenant. C’est un sacré personnage que tu as rencontré là et j’en suis même un peu jalouse pour te dire :-), moi qui suis en permanente recherche de « gueules » . Et puis aussi je te félicite car lorsque j’ai commencé à suivre ton blog à ses débuts, je me suis demandée comment j’allais m’intéresser à tes « histoires de roulettes » et en fait tes reportages s’étoffent de plus en plus et suscitent à chaque fois ma curiosité pour cet univers qui m’est totalement inconnu. Toi même tu deviens à ton tour un personnage dans ce milieu assez masculin. Beau travail paulette!

  • Reply Paulette 13 décembre 2010 at 23 h 17 min

    Très chère Liza, MERCI beaucoup pour ce commentaire. Ravie que cet univers qui t’était inconnu attise ta curiosité à la lecture de ces portraits. C’était en grande partie mon intention de départ, faire connaitre et donner envie d’en savoir plus à ce sujet.
    Question « gueule » tu n’es pas en reste, je suis totalement sous le charme de ton Papy de voisin ou de tes portrait de NY ! Mais à l’occasion je t’entrainerais avec moi à la rencontre de ces quelques « gueules » du vélo.
    Encore merci et à très vite.

  • Reply C-reel 13 décembre 2010 at 23 h 38 min

    Super !!! J’adore !
    Je vais te faire un post sur sur le blog du bicycle store 🙂
    @ bientôt
    C-reel

  • Reply benoit 14 décembre 2010 at 0 h 50 min

    Bien.
    BB

  • Reply Paulette 14 décembre 2010 at 1 h 32 min

    @C-reel. Merci beaucoup beaucoup. Je passerais vous voir en 2011 avec toutes mes bonnes résolutions ! A bientôt.

  • Reply Paulette 14 décembre 2010 at 1 h 34 min

    Merci mon Benou.

  • Reply Anonymous 14 décembre 2010 at 9 h 53 min

    Good job et sacré personnage..

  • Reply Busy T Dosbuster 14 décembre 2010 at 10 h 18 min

    Tatouage et roulette ! je Like !

  • Reply youggy 14 décembre 2010 at 11 h 55 min

    Grande classe!
    Bravo Paulette:)

  • Reply Paulette 14 décembre 2010 at 15 h 48 min

    @ Anonyme, Busy T Dostbuster et Youggy, Merci pour vos encouragements.
    A bientôt.

  • Reply Anonymous 17 décembre 2010 at 13 h 06 min

    Wahou!! (bon ça comment bien un commentaire avec un langage aussi évolué!!^^). Cependant, c’est généralement dans la simplicité qu’on exprime le mieux les snetiments que l’on a sur le vif! Les photos sont « wahou », l’écriture est trop choupi, car l’on ressent le « côté fille » qui se laisse aller à des détails. (super important à mon goût). Et puis, justement que ce soit une fille qui parle de cet univers trop viril (à mon goût bis), ben ça fait tout simplement plaisir!
    Je fais tourner le lien.
    Marie

  • Reply Paulette 17 décembre 2010 at 13 h 40 min

    Merci Marie, c’est très gentil de ta part. Ravie que tu sois touchée par l’article.
    Milieu assez masculin en effet, mais contrairement à d’autres pratiques, ces mâles ne me semblent pas fermés à l’arrivée de nanas dans leur entourage.
    Je te dirais même que je suis toujours bien accueillie. Des durs au grand coeur pour la plupart.
    A bientôt.

  • Reply Anonymous 20 décembre 2010 at 17 h 07 min

    Super, mais ce tatouage a l’oeil ? la « larme », c’est bien qu’il a tué un homme nan ?
    Sinon, ce mec je l’aime !

  • Reply Paulette 20 décembre 2010 at 20 h 17 min

    Je te rassure c’est une métaphore. D’ailleurs ce n’est pas exactement une larme. C’est un diamant à l’envers en forme de larme. Mais je n’en dirais pas plus. 😉

    Ravie cher « Anonyme » que tu aimes ce mec.

  • Reply Anonymous 21 décembre 2010 at 22 h 00 min

    Pourquoi, que représente ce diamant Exactement ? 🙂

  • Reply Paulette 22 décembre 2010 at 21 h 58 min

    Mais euuuh ! J’ai dis que je ne le disais pas. Laissons lui sa part de mystère.

  • Reply Anonymous 18 janvier 2011 at 14 h 42 min

    A l’aperçus de l’articles je vais t’avouer que j’avais légérement la fleme mais au première ligne entamé j’ai vraiment voulus savoir la suite. Je tenais donc à dire que j’aime la façon dont tu fais tes articles !

    Thanks !

  • Reply Paulette 19 janvier 2011 at 12 h 04 min

    Merci à toi. A bientôt.

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